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Le proverbe dit qu’il n’a pas d’odeur. Pourtant, le kama dégage un parfum reconnaissable entre tous pour les Enutrofs, qui sont capables de le repérer à des kilokamètres. C’est ce flair (et cet indéfectible appât du gain) qui les poussent à creuser, encore et toujours, dans les entrailles de la terre. Allant parfois jusqu’à réveiller ses secrets les mieux enfouis...

Sous ses airs de mamie gâteau en apparence tendre comme du boufpain, Bernalette Chichi sait se révéler plus dure qu’une dent de craqueleur. Petite déjà, elle avait son kama dans sa poche, mais pas sa langue. Sa tirelire, prête à exploser telle la panse ventrue d’un Porkass repu, faisait jaunir de jalousie tous ses petits camarades Enutrofs !

Aujourd’hui, la vieille dame se fait appeler l’Enutrof qui creuse plus vite que son ombre. Une qualité qui lui a d’ailleurs permis de grimper les échelons avec une rapidité sans égale, pour enfin décrocher le poste de chef du plus grand chantier minier que le Monde des Douze ait jamais connu.

« Tu vois Erik Rak, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une pelle, et ceux qui creusent. »

Accoudée à sa pelle fétiche, toisant du regard ses dévoués petits mineurs, Bernalette s’efforçait de motiver ses troupes à creuser encore et toujours plus. À sa façon...

« Allez du nerf ! Mettez-y de l’huile de coude ou c’est votre tombe que vous finirez par creuser ! 

- Quelle femme de poigne... Je sais pas toi Forbank, mais moi ça me plait... J’en ai le dentier qui tremble...

- Rhaaa, pitié Kibri, tais-toi et creuse ! Et sois gentil, garde tes fantasmes douteux pour toi, OK ? »

Les pelles frappaient le sol en rythme, avec une ferveur et une détermination insufflées par une chef d’orchestre pour le moins impitoyable.

« Je veux voir les lambeaux de terre voler, entendre la roche se fendre et sentir le sol trembler jusque dans mes os ! »

Au fur et à mesure qu’ils creusaient, les petits soldats de Bernalette se rapprochaient du centre du Monde des Douze. La chaleur devenait insoutenable. Si les trésors amassés avaient de quoi faire vivre une famille d’Enutrofs durant plusieurs générations, ça ne suffisait pas à combler Bernalette qui, en grande gourmande qu’elle était, en voulait toujours plus.

« Chef ! On a trouvé quelque chose !

- Comment ça "vous avez trouvé quelque chose" ? Encore heureux ! C’est pour ça que je vous paie ! Pas pour planter des radis !
 
- Chef, c’est étrange, je...
 
- Si ce n’est pas doré comme le soleil, ça n’a que très peu d’intérêt pour moi, je vous le dis ! »
 

Tenant fermement son Havre-Sac, la mâchoire serrée, Bernalette perdait patience.

« C’est un livre, chef !

- Un livre ? Hormis s’il contient quelques enluminures à gratter, vous pouvez bien vous le gar... »
 

Soudain, la terre tout entière s’ébranla, semblant se réveiller, au point que les mineurs et Bernalette elle-même tombèrent sur leurs fesses, essayant tant bien que mal de se raccrocher à leur dignité.

« Mais... qu’est-ce que ? Belgodass ! Que s’est-il passé ?? »

Dans un bruit assourdissant, une lueur jaillit des profondeurs de la terre, aveuglant tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Beaucoup crurent que c’était la fin et on entendit crier ici et là :

« J’aurais dû tout claquer à la Taverne ! »

Ou encore :

« Je ne suis pas près ! Non, je ne suis pas près de vous révéler où j’ai tout planqué ! »

Mais s’ensuivit un silence de plomb. Si certains se félicitaient d’être en vie en embrassant leur pelle, leur phorreur ou leur voisin, en bas, Belgodass lui ne  donnait plus signe de vie...

 

À suivre...